" Invento la quemadura y el aullido, la masturbación en las letrinas, las visiones en el muladar, la prisión, el piojo y el chancro, la pelea por la sopa, la delación, los animales viscosos, los contactos innobles, los interrogatorios nocturnos, el examen de conciencia, el juez, la víctima, el testigo. Tú eres esos tres. ¿A quién apelar ahora y con qué argucias destruir al que te acusa? Inútiles los memoriales, los ayes y los alegatos. Inútil tocar a puertas condenadas. No hay puertas, hay espejos. Inútil cerrar los ojos o volver entre los hombres: esta lucidez ya no me abandona. Romperé los espejos, haré trizas mi imagen, que cada mañana rehace piadosamente mi cómplice, mi delator. La soledad de la conciencia y la conciencia de la soledad, el día a pan y agua, la noche sin agua. Sequía, campo arrasado por un sol sin párpados, ojo atroz, oh conciencia, presente puro donde pasado y porvenir arden sin fulgor ni esperanza. Todo desemboca en esta eternidad que no desemboca.
[...] Contra el silencio y el bullicio invento la Palabra, libertad que se inventa y me inventa cada día."
Libertad Bajo Palabra, Octavio Paz, 1949
J'invente la brûlure et le hurlement, la masturbation dans les latrines, les visions dans le fumier, la prison, le pou et le chancre, la bataille pour la soupe, la délation, les animaux visqueux, les frôlements ignobles, les interrogations nocturnes, l'examen de conscience, le juge, la victime, le témoin. Tu es en trois. A qui en appelles-tu maintenant et avec quelles arguties veux-tu détruire celui qui t'accuse? Inutiles, les placets, les plaintes, les alibis. Inutile de frapper aux portes condamnées. Il n'y a pas de portes, mais des miroirs. Inutile de fermer les yeux, ou de retourner parmi les hommes : cette lucidité ne m'abandonne plus. Je briserai les miroirs, je mettrai en morceaux mon image, que mon complice, mon délateur, chaque matin reconstitue pieusement. La solitude de la conscience et la conscience de la solitude, le jour avec pain et eau, la nuit sans eau. Sécheresse, champ ravagé par un soleil sans paupières, œil atroce, ô conscience, présent pur où le passé et l'avenir brûlent sans éclat ni espérance. Tout débouche dans cette éternité qui ne débouche nulle part.
[...] Contre le silence et le vacarme, j'invente la Parole, liberté qui s'invente elle-même et m'invente, chaque jour.
[...] Contre le silence et le vacarme, j'invente la Parole, liberté qui s'invente elle-même et m'invente, chaque jour.
traduction de Jean-Clarence Lambert
















